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13/2/10Sylviculture, les modes de traitements irréguliers,

Approchons cette fois les futaies irrégulières, mode de traitement traditionnel des forêts de montagne et qui tend aujourd’hui à se développer.

 

Les futaies irrégulières sont des systèmes d’aménagement inéquiennes, les arbres présents sur une même parcelle n’étant pas d’âge équivalent. Une association comme Pro-Silva France, membre de Pro-Silva Europe (24 pays), travaille activement au développement des modes de traitements irréguliers. C’est une gestion fine qui s’applique très bien aux essences sciaphiles (celles qui peuvent se développer à l’ombre, hêtre, sapin pectiné, etc.) mais qu’on tente d’appliquer également aux essences héliophiles, bien que ce soit plus complexe.

L’intérêt de ces modes de traitement sur le plan économique est qu’ils assurent une régularité des recettes et dépenses, contrairement aux futaies régulières qui impliquent de forts investissements pendant les premières années (jusqu’à 30 ou 40 ans selon les essences) avant les premières exploitations.

L’exploitation se fait par des coupes jardinatoires visant à récolter les arbres ayant atteint un diamètre objectif. Afin de maintenir un couvert stable, n’est récolté que l’équivalent de l’accroissement biologique, c’est-à-dire le gain de volume de la parcelle entre deux exploitations.

La régénération est évidemment naturelle, et le talent du sylviculteur est de laisser la nature effectuer le travail.

D’un point de vue écologique, les traitements irréguliers sont favorables à une diversité faunistique et floristique. Attention toutefois, les futaies régulières n’excluent pas la bio-diversité au niveau d’un massif, puisque bien géré, le massif sera constitué de parcelles présentant tous les stades de développement.

Pour ceux qui souhaitent découvrir les futaies jardinées, je conseille des randonnées dans le massif du Jura, dans le département du même nom (le Doubs étant plutôt porté sur les traitements réguliers). Allez donc dégourdir vos jambes du côté du parc naturel régional du Haut-Jura, dont les forêts sont fréquentées par le lynx et le grand tétras.


 


 

 
13/2/10La Futaie Régulière

 La futaie régulière est une forêt constituée d’arbres issus de graines et d’âge équivalent. Elle peut être pure ou mélangée, selon qu’elle soit composée d’une seule ou de plusieurs essences. Pour prendre quelques exemples, je citerais au rang des futaies régulières pures, la forêt des Landes (pin maritime), les forêts de douglas du Morvan, les hêtraies cathédrales de Normandie.

La futaie régulière a été le traitement sylvicole de référence depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et elle a été opposé au taillis sous futaie ou taillis avec réserve notamment par L. Lanier dans son Précis de Sylviculture, ouvrage de référence quoiqu’aujourd’hui un peu daté à mon avis. Il faut néanmoins comprendre que ce choix était cohérent à cette période. En effet, la toute-puissance du pétrole et des énergies fossiles dans la production énergétique ôtait toute valeur économique au taillis, alors que la reconstruction nécessitait de gros besoins en bois d’oeuvre. De plus, la volonté de reconquête des terres agricoles délaissées par l’exode rurale et l’énorme augmentation de la productivité agricole à l’ha (il y a après-guerre une véritable révolution agraire qui, si elle peut faire à juste titre débat aujourd’hui, répondait parfaitement aux objectifs de l’époque), conjuguée à la création du Fond forestier national vont encourager la plantation et notamment l’enrésinement (afin de produire du bois de charpente). 

 Abordons tout d’abord la plantation sur terre agricole qui va nous permettre de bien comprendre l’importance des moyens mis en oeuvre pour obtenir une belle futaie régulière et ainsi d’évoquer les différents métiers de la forêt. Il va falloir tout d’abord faire appel à la pédologie afin de déterminer quelles essences sont adaptées à la station. Il n’est pas possible, contrairement à ce qui se pratique en agriculture d’amender les sols. Ensuite, il sera souvent nécessaire de pratiquer un travail du sol, comme un décompactage afin de casser la semelle de labour qui va gêner l’enracinement des arbres. Suivra l’opération proprement dite de plantation. On plantera par exemple à 2 x 4 m, ce qui nous donnera une densité de 1 250 tiges à l’ha. N’oublions pas que le but est d’obtenir du bois d’oeuvre donc des fûts le plus élancés possible, qui s’obtiennent en jouant sur la concurrence entre les tiges. Une fois plantés, on protégera éventuellement les plants contre les attaques de la faune. Il faudra aussi limiter la concurrence d’autres végétaux (ronces, fougères, etc.) par des opérations de dégagement qui seront renouvelées à intervalles réguliers jusqu’à ce que les plants aient acquis une hauteur suffisante. Pourront alors commencer d’autres opérations comme l’élagage (résineux, peupliers) ou la taille de formation (feuillus). L’élagage (à ne pas confondre avec le haut-élagage qui fait appel à des techniques de grimpe) consiste à éliminer les branches basses afin d’obtenir un fût lisse sur une hauteur de 5 à 8 m. La taille de formation vise à défourcher, c’est-à-dire éliminer les branches qui sont amenées à créer une fourche. Ce sont des opérations manuelles, donc coûteuses, elles ne seront donc pas appliquées à l’ensemble des plants mais à des tiges désignées comme tiges d’avenir en raison de leur bonne conformation (entre 125 et 250 tiges à l’ha, ce qui correspond à la densité finale). Ces opérations ne sont pas toujours pratiquées, car pas toujours rentables.

Lorsque les arbres atteignent une hauteur donnée (environ 20 m), on quitte le phase des travaux pour entrer dans la phase des coupes. Nos arbres se sont développés en hauteur pour rechercher la lumière, il faut maintenant leur permettre de se développer en diamètre. Pour cela, on procédera à des éclaircies ayant pour but de faire progressivement diminuer la densité. Pour finir par la coupe définitive ou coupe rase.

Quant la futaie régulière est déjà existante, plutôt que de planter on peut procéder à une régénération naturelle. Les techniques seront adaptées à l’essence qu’on souhaite régénérer. Pour le chêne dont les graines (glands) sont lourdes, on effectuera d’abord une coupe d’ensemencement. On choisit parmi le peuplement des semenciers (en fonction de la qualité de leur conformation) et on coupe tous les autres arbres. Les glandées n’étant pas exceptionnelles tous les ans on attendra une bonne glandée pour procéder à la coupe secondaire qui vise à mettre les semis en lumière (les semis de chênes contrairement à ceux du hêtres ne supporte pas l’ombre). Quand la régénération est acquise (on trouve au moins 1 semis au m2, soit 10 000 à l’ha), on peut effectuer la coupe définitive. Les travaux sylvicoles qui s’ensuivront seront la création de cloisonnements sylvicoles qui ont pour but de diminuer la densité et de pouvoir circuler afin d’effectuer les travaux. On crée des bandes au girobroyeur tous les n mètres. Les dégagements pour limiter le développement de la végétation adventice. Puis viendra le dépressage qui vise à faire diminuer la densité. Les travaux d’élagage et de taille de formation sont ici inutiles en raison de la forte concurrence qu’entraîne la forte densité initiale. Ensuite on entre dans les phases de coupe qui sont les mêmes que décrites plus haut (cf. la plantation).

 La futaie régulière, notamment résineuse, facilite la mécanisation et c’est pourquoi elle est souvent choisie notamment pour les essences à faible valeur ajoutée (pin maritime, par exemple). C’est aussi une sylviculture simple. Elle est bien adaptée aux essences de lumière ou de demi-ombre comme le chêne. Elle présente pourtant des inconvénients, comme la mise à nu des sols, des travaux coûteux dans les premières années, travaux qui ne sont pas toujours amortis par l’exploitation des bois. Les futaies pures sont plus sensibles aux attaques sanitaires (bostryche, par exemple). Les futaies régulières ont aussi payé un lourd tribut à la tempête de 1999 et comme on s’attend à une plus grande fréquence de tempêtes de ce type dans les années à venir, on s’oriente vers d’autres modes de traitement.


 


 

 
13/2/10La Forêt Française, espace sauvage ?

La forêt française, en métropole tout du moins, a été façonnée au fil des siècles par la main de l’homme. Elle témoigne de l’histoire de notre pays et s’est, de tout temps, vu assigner des missions, parfois difficilement compatibles entre elles. Connaître quelques principes sylvicoles permet ainsi de mieux comprendre cet espace.



La sylviculture, la culture de la sylve, c’est-à-dire de la forêt, est un art ancestral. Elle est conditionnée par les essences présentes, l’usage du bois dans la société, la morphologie du terrain, le climat et bien d’autres facteurs. Il faut comprendre que la forêt est un lieu qui connaît de forts conflits d’usage.

Il est admis qu’à l’époque gallo-romaine la forêt couvrait 80 % du territoire. Ensuite sa surface diminua au profit de l’agriculture pour atteindre au maximum de l’expansion des terres agricoles et de la population rurale 9 million d’hectares (vers le milieu du XIXe siècle). Depuis, elle est en progression constante. L’IFN estime en 2005 sa surface à 15,5 millions d’hectares.

Il faut ensuite connaître un peu la composition de la forêt française au niveau des essences. En terme de volume, les essences feuillues (angiospermes) représentent 63 %. Les essences résineuses (gymnospermes) 37 %. Il est important de comprendre aussi les modes de reproduction des arbres. Il existe deux possibilités, le semis et la multiplication végétative.

Dans un premier temps, l’usage principal du bois a été la production d’énergie pour un usage domestique (cuisine, chauffage) et industriel (verrerie, forges). Le traitement sylvicolbois de Côte Chaude- Pretin -39e adapté à ce genre d’usage utilise le principe de multiplication végétative. Ce mode de traitement est le taillis, c’est-à-dire une forêt constituées de rejets qui forment des cépées. Il va donner des arbres de faible circonférence, dont le renouvellement sera assuré par des coupes de rajeunissement effectuées à intervalles réguliers (une rotation) de dix à vingt ans selon les essences. Ce mode de traitement n’est pas possible avec les essences résineuses présentes en France, il ne concerne donc que la forêt feuillue.

La nécessité pour le royaume de disposer de bois d’oeuvre (pour construire notamment des bateaux de guerre) a conduit à un mode de traitement intermédiaire, le taillis sous futaie (ou taillis avec réserve). Une futaie est composée d’arbres de franc-pied, issus de graines. Pour passer à un régime de futaie à partir d’un taillis, on utilise la méthode du balivage. Pour cela on choisit sur une cépée un brin intéressant (droit et peu branchu) et on élimine les autres. A terme, ces baliveaux seront les semenciers qui permettront de régénérer la forêt. Un classique du TSF en France est la futaie de chêne avec sous-étage constitué d’un taillis de charme. Le taillis en sous-étage va permettre de gainer les arbres de franc-pied et obtenir ainsi un fût droit et vierge de noeuds (absence de branches basses). Le taillis fera l’objet de coupes régulières (pour produire du bois de feu), et les arbres de franc-pied seront récoltés lorsqu’ils seront "mûrs" (entre 100 et 200 ans selon les essences).

L’apparition de l’utilisation du charbon au XIXe siècle, combinée à l’exode rural, va profondément modifier le paysage forestier français. L’usage énergétique du bois cédait le pas à un usage de bois d’oeuvre et notamment de bois de mine (pour étayer les galeries minières). C’est au XIXe siécle que fut plantée la forêt des landes de Gascogne, qui est une futaie régulière de pins maritimes. Une futaie régulière est une forêt constituée d’arbres du même âge, issus de graines.

Dans les zones de montagne, il existe un mode de traitement traditionnel qui tend aujourd’hui à se développer sur l’ensemble du territoire, notamment grâce à l’action de Pro-Silva, la futaie irrégulière. Ce traitement était appliqué dans les zones de montagne, car il répondait bien aux contraintes de ces zones. Prenons ici l’exemple du Haut-Jura où l’on futaie jardinée, haut-jura, morbierpratique la futaie dite jardinée. Les essences principales sont le foyard (hêtre), la pesse (épicéa commun) et le sapin pectiné. On trouvera dans une futaie jardinée des arbres à tous les stades de développement. L’exploitation se fera sous forme de coupes de jardinage, qui consistent à prélever les arbres mûrs, en maintenant le couvert forestier et en créant des puits de lumière pour le développement des jeunes pousses. L’étagement, la multiplicité des essences, la conservation du couvert forestier permettent la protection du sol (protection contre l’érosion, maintien du sol), une meilleure résistance aux attaques sanitaires (bostryches) et climatiques (tempêtes par exemple).

 

 

La principale difficulté qui se pose au sylviculteur est la durée de vie de la forêt. Quels seront les usages du bois dans 100 ans, 200 ans ou 300 ans ? Les chênes de la

forêt de Tronçais, par exemple, devaient au départ fournir du bois de marine. Aujourd’hui où ils sont en âge d’être exploités, la construction navale n’utilise plus que marginalement le bois, et ils finissent en tonneaux de luxe.


 


 

 
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